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L’AVENIR DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR : LE CONTEXT DES UNIVERSITÉS RÉGIONALES

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Mike Mahon et Leroy Little Bear | 7 juillet 2020 

Au début du printemps, tard dans la soirée, le président de la University of Lethbridge et d'autres autorités de l’Alberta ont entamé des discussions sérieuses. La pandémie de COVID-19 avait atteint un tel niveau qu’il était devenu évident que la sécurité de notre modèle traditionnel de prestation de services académiques n’était plus assurée. Au milieu de la nuit, nous avons convenu ensemble de la suspension des cours le lendemain matin et allions définir les prochaines étapes.

Dans les jours et les semaines qui suivirent, les universités et les collèges du monde entier sont parvenus à des conclusions similaires et ont pris des mesures identiques. Parallèlement, les écoles, les entreprises, les lieux de culte et les endroits de rassemblement de personnes, allant du sport amateur aux associations culturelles et artistiques, ont cessé leurs activités et le monde est devenu un endroit tranquille.

La COVID-19 a interrompu nos activités « normales » : les méthodes séculaires d’apprentissage, la manière de faire des affaires et de nous réunir en tant que communautés. De plus, nous tirons des leçons sur la fragilité de nos structures sociétales. Le chaos que nous connaissons est mondial. Ce chaos angoisse de nombreuses personnes et représente un défi logistique pour tous.

Cela étant, cette situation permet de prendre le temps de réfléchir. L'interruption des approches habituelles nous donne l'occasion d'envisager de nouvelles façons d'aller de l'avant.

Nos défis sont majeurs et touchent tous les Canadiens. Un taux de chômage record, une dette importante et une économie stagnante sont des préoccupations universelles. Les étudiants, qu'ils vivent en milieu urbain, rural ou dans les réserves, sont confrontés à de nouveaux modèles d'apprentissage. Notre sens de la communauté est menacé. Tant de choses doivent être prises en compte.

Les universités canadiennes de niveau international ont collectivement joué un rôle important dans l'avancement de notre société. Nous profitons maintenant de ce temps de pause pour analyser la manière dont elles soutiendront la reprise et la prospérité future. Parallèlement, la plupart d'entre nous apportent également des réponses opportunes à la COVID-19, allant de la mise à disposition de nos installations pour soutenir nos communautés aux travaux entrepris par nos chercheurs dans la recherche mondiale d'un vaccin. 

Le Canada est un énorme pays, comprenant une population dispersée. Il compte plus de 80 villes de 50 000 à 300 000 habitants, qui représentent collectivement près de 9 millions de Canadiens (recensement de 2011) si l’on tient compte des frontières municipales, plus des millions d'autres dans les régions avoisinantes. Bien que de nombreuses universités se situent dans les plus grandes villes du Canada, certaines se trouvent dans des zones moins peuplées. En outre, indépendamment de leur emplacement, elles représentent des régions diverses et uniques de notre pays. Il s'agit là d'un détail très important à prendre en compte lors de la phase de rétablissement.

Les universités et les collèges situés en dehors des grands centres urbains se démarquent tous par leur histoire et leur géographie. Beaucoup d'entre eux ont été créés grâce à l'action de leurs dirigeants régionaux. Le plus souvent, ces établissements d'enseignement supérieur régionaux sont plus petits, mais leur impact est essentiel pour les communautés qu'ils servent. Nés des besoins et des aspirations de leurs régions spécifiques et des ambitions plus larges visant à faire une différence dans le monde, leur valeur est loin d’être surestimée. Les universités régionales sont les moteurs des économies locales, elles soutiennent l'industrie traditionnelle tout en suscitant de nouvelles opportunités. Elles fournissent également l'espace et l'impulsion nécessaires aux arts et à la culture, et sont des centres d'activité internationale, attirant de jeunes esprits brillants, des professeurs de renommée mondiale et un personnel engagé. En bref, les universités régionales soutiennent et renforcent des communautés diversifiées, inclusives et résilientes.

La simple présence d'une université régionale est en soi un moteur économique et social. La University of Lethbridge compte 8 700 étudiants, dont environ 8 000 d’entre eux étudient sur le campus de Lethbridge. Plus de 70 % de nos étudiants ne proviennent pas de la région proche. De ce fait, la population de notre ville augmente considérablement en septembre. À Lethbridge, nous sommes l'un des plus grands employeurs de la ville et les activités économiques de nos étudiants et de nos professeurs sont essentielles à l'économie locale.

La University of Lethbridge a un impact économique de deux milliards de dollars sur l'économie de la province, dont un peu plus de la moitié est distribuée dans le sud de l'Alberta.

Nous voyons les caractéristiques, les possibilités et les défis du sud de l'Alberta se refléter dans les diverses initiatives entreprises à la University of Lethbridge.

À titre d’exemple, du point de vue de l'enseignement, le récent partenariat de l'université avec la Fondation Mastercard vise à offrir de nouvelles possibilités d'accès à l'éducation pour les jeunes autochtones et à mettre en place des soutiens pour améliorer l'emploi, l'inclusion économique et les possibilités de développement économique au sein des communautés des Pieds-Noirs. Cette initiative a été développée à partir des besoins de la plus grande réserve du Canada et de l'une des communautés régionales de l'université.

En outre, les activités de recherche sur le campus sont guidées par la géographie et les besoins spécifiques de nos communautés locales. L'importante capacité de recherche de la University of Lethbridge en matière de qualité et de gestion de l'eau est le résultat direct de sa situation dans une zone clé d’aménagement hydraulique. Alors que l'industrie, l'agriculture et le secteur des loisirs se disputent l'accès à un approvisionnement en eau limité, la University of Lethbridge est une source majeure d'études et de développement de politiques pour la région.

Notre histoire et notre impact sont similaires à ceux de nombreuses autres institutions au Canada et, ensemble, nous contribuons largement au développement de nos régions. 

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19 et des nouveaux défis auxquels nos communautés sont confrontées, le réseau des universités régionales peut être mobilisé de manière stratégique afin d’aider toutes les régions de notre pays à se relever. L'approche du Canada en matière de rétablissement doit tenir compte de tous ses citoyens et du fait que dans un monde digitalisé, les communautés rurales et autochtones sont touchées de différentes manières.

À titre d’exemple, étant donné que la pandémie nous a obligés à donner nos cours en utilisant d’autres modèles, nos étudiants autochtones ont été confrontés à des défis supplémentaires liés à leur isolement et au manque d'infrastructures de base - Internet, ordinateurs et accès aux technologies de l'information - nécessaires pour se connecter correctement dans ce nouveau contexte. Bien qu’on ne parlait pas encore de pandémie lorsque la Fondation MasterCard s'est associée à la University of Lethbridge, la relation déjà établie entre l'université et le peuple des Pieds-Noirs a permis d'agir rapidement pour répondre aux besoins de la communauté. La University of Lethbridge utilise les ressources de la Fondation MasterCard pour résoudre ces problèmes de connectivité et lever les obstacles aux études pour les étudiants autochtones. Dans un premier temps, nous avons répondu aux besoins matériels des étudiants autochtones. Aujourd’hui, il est essentiel que nous nous penchions sur la question plus large et plus fondamentale de la connectivité. Cela nécessitera des discussions avec les différents niveaux de pouvoir et le secteur des télécommunications, ainsi qu'un engagement de leur part.

Nous savons que de tels défis existent dans toutes les régions du pays. Pour aller de l'avant, il faut trouver des solutions adaptées à nos sites uniques. Nos solutions les plus importantes seront trouvées au niveau local et doivent être soutenues par un impératif national. Dès lors, nous devons veiller au maintien de la capacité des universités régionales à répondre rapidement aux besoins locaux.

Cela étant, les universités régionales peuvent offrir bien plus qu’une simple réponse aux besoins régionaux. La nature même d'un réseau d'institutions régionales servira l'ensemble de notre pays et peut constituer un avantage stratégique.

Alors que nous cherchons à retrouver une certaine normalité, les universités régionales pourraient se trouver dans une position avantageuse. Par exemple, l'utilisation des nouvelles technologies pour se connecter rapidement avec les membres de la communauté pendant cette pandémie peut être transitoire pour le moment, mais l'une des forces des universités régionales a toujours été la capacité de se connecter avec les communautés locales, éloignées et rurales. En outre, les universités régionales sont particulièrement bien équipées pour comprendre l'avenir de l'enseignement post-secondaire en raison de leurs connaissances approfondies des besoins des communautés qu'elles servent et de leur petite taille.

Les gouvernements et les communautés devraient se tourner vers les universités régionales après la COVID-19 pour veiller au rétablissement dans toutes les régions du pays. Il est essentiel que les universités régionales restent dynamiques et capables de soutenir nos communautés locales, tout en veillant à apporter une contribution positive à tous les peuples grâce aux connaissances qu’elles génèrent.

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