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LA PANDÉMIE APPELLE À AIDER LES COMMUNAUTÉS LES PLUS VULNÉRABLES DU CANADA

Jeff Turnbull | 7 mai 2020

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Prof. Jeff Turnbull est le directeur médical de l’Ottawa Inner City Health et est membre du groupe de travail de la Société royale du Canada sur la COVID-19.

La COVID-19 a été qualifiée de « grande égalisatrice » car elle affecte toutes les couches de la société. S'il est vrai que l'impact de la pandémie est généralisé, certains individus et communautés sont plus touchés que d'autres. Les personnes fragiles et âgées, celles qui vivent dans des conditions de promiscuité pendant leur incarcération, les communautés autochtones isolées, les sans-abri, les personnes souffrant de maladie mentale, d'addiction et de pauvreté subiront davantage les conséquences de la COVID-19. La distanciation sociale, l'isolement, une bonne hygiène des mains et l'accès à des soins de santé de qualité sont hors de portée de ces communautés vulnérables et défavorisées.

À titre d’exemple, la distanciation sociale est une disposition abstraite pour les sans-abri qui dorment dans des refuges de 70 lits et font la queue avec des centaines d'autres personnes pour obtenir des repas collectifs. La bonne hygiène des mains pourrait ne pas être comprise chez les personnes souffrant de toxicomanie et de maladie mentale. La fièvre, la toux et l'essoufflement sont des symptômes quotidiens chez les toxicomanes sans-abri ; ces symptômes ne sont même pas considérés comme marginaux. L'isolement n'est pas considéré comme nécessaire ou possible compte tenu des réalités de leur dépendance, de leur santé mentale et des installations qui sont mises à leur disposition. Ils se contentent d'attendre l'inévitable, vulnérables en raison de leurs nombreuses maladies chroniques et incapables de se protéger ou de protéger leur entourage.

Bien que les sans-abri représentent une communauté unique, ils partagent la même vulnérabilité que les autres groupes ne disposant pas des infrastructures et des ressources nécessaires pour assurer leur résilience en cas de pandémie, de catastrophe environnementale ou d'effondrement économique. Les personnes travaillant de manière occasionnelle, dont beaucoup dans le secteur tertiaire en tant qu'assistants personnels et nettoyeurs, se retrouvent également dans des positions de faiblesse, gagnant le salaire minimum et se mettant souvent, eux et leur famille, en danger chaque jour.

Lorsque nous rouvrirons après la pandémie, nos pensées devraient naturellement se tourner vers la reconstruction de nos communautés. Nous devons le faire d'une manière réfléchie qui nous permettra de résister aux crises futures. Cette reconstruction devra inclure les communautés qui subiront les plus lourdes conséquences de la prochaine catastrophe, à savoir les personnes défavorisées, vulnérables, isolées et, bien sûr, pauvres.

Les débats doivent aller au-delà de l'équipement de protection individuelle et de la préparation de vaccins. Ils doivent porter sur les politiques et les stratégies visant à remédier à la vulnérabilité, souvent consécutive à un manque d'accès aux droits essentiels auxquels nous sommes habitués, tels qu’un logement adéquat, la stabilité des revenus, un accès à une bonne nutrition, à l'hygiène et à des soins de santé de qualité.

Les populations mentionnées ont subi de manière disproportionnée les conséquences de la pandémie de COVID-19. Les solutions à ces problèmes sont connues de longue date : des foyers pour les sans-abri, de l'eau potable pour tous, des services d’aide aux toxicomanes, de nombreux services de protection de la santé mentale, des espaces pour les personnes incarcérées, des soins et un soutien pour les personnes âgées.

Le moment est venu de réfléchir à des stratégies de construction de communautés plus saines et plus résistantes afin de réduire les conséquences sur les personnes les moins en mesure de se protéger. Ces communautés doivent être impliquées dans la mise en place de solutions qui font sens pour elles et à leurs conditions.

Nous devons travailler avec les gouvernements autochtones pour lever les obstacles systémiques et garantir l'accès à l'eau potable, au logement, à l'emploi et à l'éducation dans les réserves. Nous devons réduire le manque de soins et la pauvreté de nos personnes âgées, fournir des logements supervisés aux sans-abri et revoir notre approche concernant la santé mentale et les dépendances. Nous devons également offrir un revenu minimum garanti et une sécurité du revenu à ceux qui ont vraiment été en première ligne pendant cette période de crise.

Aucune de ces initiatives n'est nouvelle. Cela étant, il existe peut-être désormais un champ d'action pour nous permettre à tous de mieux affronter la prochaine tempête.

La COVID-19 et ses répercussions catastrophiques passeront. Nous retrouverons nos familles, nos amis, nos communautés, nos restaurants et nos emplois. Les sans-abri, en revanche, n'échapperont pas à leurs problèmes de santé mentale et de toxicomanie, ni à la violence et à la pauvreté faisant souvent partie intégrante de leur vie. La construction de communautés résilientes fondées sur les principes de justice, d'équité et de justice sociale doit être la conséquence positive de la COVID-19.

Cet article fut initialement publié dans le Globe and Mail du 7 mai 2020.