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D’UN POINT DE VUE SCOLAIRE, LES ENFANTS S’EN SORTIRONT

Tracy Vaillancourt | 13 juillet 2020

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Tracy Vaillancourt est professeure et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en santé mentale et en prévention de la violence en milieu scolaire au sein de la faculté d’éducation de l'Université d'Ottawa, et membre du Collège de la Société royale du Canada.

Peter Szatmari, M.D., Directeur du Child and Youth Mental Health Collaborative, The Hospital for Sick Children, Centre for Addiction and Mental Health & University of Toronto ; Professeur et chef de la division de la santé mentale des enfants et des adolescents, Université de Toronto ; titulaire de la Chaire Patsy et Jamie Anderson en santé mentale des enfants et des adolescents

Jess Whitley, Ph.D., professeure agrégée d'éducation inclusive, Faculté d'éducation, uOttawa

La propagation de la COVID-19 a engendré la fermeture des établissements scolaires partout au Canada, et avec ces fermetures, un nouveau mode d’éducation à distance pour les enfants a rapidement été mise en place. Une grande partie des enseignements a été prise en charge par les parents, qui ont assumé cette tâche supplémentaire tout en gérant des facteurs de stress inattendus tels que la précarité de l'emploi et la maladie. Il n'est donc pas surprenant que les parents n’aient pas relevé le défi. Ils se sont sacrifiés, comme ils ont tendance à le faire, pour assurer le bien-être de leurs enfants. Et pourtant, malgré tous leurs efforts, de nombreux parents se sont questionnés. Ils craignaient que les enseignements qu'ils dispensaient n'étaient pas à la hauteur et que, par conséquent, leurs enfants prenaient du retard sur le plan scolaire.

Les incertitudes quant à la prochaine année académique entrainent des inquiétudes au sein des familles. Si les écoles ne sont que partiellement rouvertes, les parents devront-ils à nouveau contribuer à l'apprentissage scolaire de leurs enfants, et quelles seront les conséquences pour le développement scolaire de leurs enfants ?

Nous souhaitons atténuer certaines de ces inquiétudes en présentant une perspective fondée sur des données probantes concernant le développement de l'enfant et son lien avec la réussite scolaire. Le point principal est que la grande majorité des enfants s'en sortiront sur le plan scolaire même si le modèle traditionnel d'éducation n’est pas rétabli en septembre.  Cette affirmation est énoncée avec confiance car les recherches démontrent qu'il n'y a pas de périodes délicates pour l'apprentissage pendant l'enfance. Prenons l’exemple de la lecture. Les écoles canadiennes encouragent la lecture dès la maternelle et les enfants devraient être capables de lire avec aisance dès l'âge de 7 ans. La Finlande se concentre strictement sur le jeu et l'exploration jusqu'à ce que les enfants entament leur scolarité formelle et l'enseignement de la lecture à 8 ans. Ces différences dans les approches éducatives ont peu d'effet sur les résultats en lecture à l'âge de 15 ans. Dans la dernière enquête PISA de l’OCDE, évaluant « les résultats cumulés de l'éducation et de l'apprentissage » en lecture, en mathématiques et en sciences, le Canada et la Finlande étaient classés en tête de liste en lecture, avec un score de 520 chacun.

Nous pouvons comprendre que les enjeux semblent trop élevés pour que les parents baissent leur garde. Après tout, on a toujours dit aux parents qu'une bonne éducation était nécessaire pour la prospérité économique, par exemple. Le National Centre on Education and the Economy aux États-Unis ne contribue pas à apaiser les inquiétudes en avertissant que la COVID-19 condamnera « une grande partie d'une génération entière à vivre au bord d’un précipice économique » qui compromettra « les perspectives économiques de l'ensemble du pays [américain] ». Cette prédiction devrait-elle concerner les parents du Canada ?

S'il est vrai que les inégalités scolaires ont une curieuse capacité à s'aggraver pour les enfants les plus vulnérables, elles pourraient ne pas se creuser si des efforts appropriés sont menés. Au Canada, les éducateurs sont fermement résolus à réduire les inégalités en termes de réussite, qui sont beaucoup moins prononcées qu'aux États-Unis, où les inégalités scolaires entre les enfants riches et pauvres sont importantes et se sont probablement accrues pendant la crise. Les éducateurs canadiens connaissent parfaitement bien les personnes qui ont besoin de ressources pour contribuer à réduire les inégalités et travaillent sérieusement pour aider à répondre aux besoins de leurs élèves les plus vulnérables. En effet, les éducateurs engagés dans la planification de l'automne accordent une priorité aux aides et aux ressources destinées à ces élèves et à leurs familles.

Dans ce contexte, nous sommes certains que l'apprentissage ne sera pas perdu pour la plupart des enfants canadiens, même si nous continuons avec un modèle d'enseignement non traditionnel. Nous sommes en outre assurés que les parents n'ont pas à assumer la charge supplémentaire de l'enseignement pour leurs enfants tout en jonglant avec leurs autres responsabilités. Bien que nous reconnaissions que certains enfants canadiens sont vulnérables, la plupart des enfants ne le sont pas. La plupart des enfants ont une énorme capacité de résilience et, par conséquent, rattraperont rapidement leur retard scolaire dès l’ouverture, même partielle, des établissements scolaires en septembre. 

Cet article fut initialement publié dans le Globe and Mail le 9 juillet 2020.


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