Vous êtes ici

Un mot de la Présidente

Parfois, la recherche est inespérée. Depuis huit ans environ, je m'inspire des premiers volumes des Transactions produites par la Royal Irish Academy (RIA) et aujourd’hui, en tant que nouvelle présidente de notre académie, je siège au sein du Conseil pour une organisation très semblable.

La RIA a reçu sa charte royale en 1786, presque un siècle avant la SRC, mais, comme la SRC, elle était organisée autour de trois groupes disciplinaires. Le premier conseil de la RIA était divisé en trois comités : littérature polie, antiquités et sciences. Tout comme la SRC à ses débuts, elle s’engageait à faire progresser conjointement les activités culturelles et scientifiques. La RIA initiale, tout comme la SRC, était « destinée au public » : elle publiait des conférences données lors de ses réunions et organisait des concours de rédaction auxquels les non-membres pouvaient participer. En 1815, Harriet Kiernan remporta un de ces concours et devint la première femme dont l’article fut publié dans les Transactions. C’était inclusif en soi. À partir des années 1780, malgré l'intolérance religieuse inscrite dans les textes de loi, la RIA comptait des membres de diverses confessions religieuses.

Comme le RSC, la RIA a été imaginée pour servir de levier et faire progresser l'édification de la nation. Dans le premier volume des Transactions, Robert Burrowes déclarait que l'objectif de la RIA était « d'une grande utilité nationale » et écrivait à propos de ses collègues : « Si leurs efforts ne servent qu'à exciter chez leurs compatriotes un certain sens de l'effort mental, si leurs encouragements et leurs exemples sont si efficaces qu'ils deviennent un moyen de convertir la vacuité des pensées en science et en choses utiles, leurs travaux sont abondamment rémunérés » (xiii,xi). De même, la courte histoire rapportée au cours de la réunion de la SRC à Montréal en 1891 décrit les aspirations de la nouvelle Société, à savoir « être au service de la cause de la culture intellectuelle dans le Dominion » et « par l'échange d'idées... donner le stimulus nécessaire aux hommes de la même famille » (5-6, 8).

Les deux organisations ont reconnu que les intérêts nationaux seraient mis en avant par des travaux de recherche rigoureux, mais elles avaient aussi leurs partis pris. La RIA a relégué la culture en langue irlandaise aux « antiquités » et déterminé que la « littérature polie » était principalement la littérature en anglais. La structure même de la RIA soutenait donc la représentation coloniale qui voulait que la culture irlandaise appartienne au passé et que la culture anglaise soit synonyme de modernité. Dès le début, la SRC a reconnu le Canada anglais et le Canada français en créant un sous-groupe pour chaque culture (« Littérature, histoire, archéologie et sujets apparentés »). Cela étant, comme la RIA, la SRC a reconnu les cultures autochtones pour renforcer la représentation coloniale qui considère qu’elles appartiennent au passé. En 1896, elle a publié un essai sur ce sujet, intitulé « The Ancient Literature of America ».

Ce n'est pas seulement l'histoire du Canada et de l'Irlande, c'est aussi l'histoire des disciplines occidentales. Notre répartition des savoirs reflète la valeur que nous leur accordons : ce qui est moderne et ce qui ne l'est pas ; ce qui est complexe et ce qui est simple ; ce qui importe et ce qui est insignifiant. Nous travaillons encore, dans une large mesure, dans les limites fixées par ces premiers groupes académiques.

Je vous parle de tout cela pour mettre en contexte deux propositions que je voudrais vous soumettre pour cette académie.

Premièrement, conformément à notre engagement commun à l'égard de l’ « excellence inclusive » de la SRC, nous devons sérieusement nous pencher sur l'histoire de nos domaines afin de pouvoir continuer à avancer au-delà des limites imposées par l'organisation historique des savoirs et de l'art. Je suggère particulièrement de mieux reconnaître le savoir autochtone, la recherche communautaire et les domaines émergents.

Deuxièmement, profitons des chapitres régionaux de la SRC, dont beaucoup viennent d’être créés, pour faire avancer ces premiers projets visant à soutenir « l'effort mental » et « l'échange d'idées ». Les bibliothèques sont toujours occupées et les salles de concert se développent encore. Les conventions se multiplient pour offrir des espaces de débats à propos des nouveaux et des anciens médias. J'ai plusieurs fois évoqué mes recherches à Hal-Con : l’association propose régulièrement des dizaines de conférences dans le domaine des arts et des lettres, portant sur des sujets tels que le dessin, l'écriture créative et l'histoire des sous-genres. Nos domaines et matières sont florissants hors des murs de nos institutions. Passons-y plus de temps. 

Poursuivons également le travail transversal imaginé par nos prédécesseurs. Les problèmes mondiaux doivent être évalués de manière interdisciplinaire et ont besoin, du moins en partie, de solutions culturelles : changer nos habitudes afin de réduire notre empreinte carbone, réfléchir de manière plus critique aux stéréotypes, soutenir un discours public qui a du sens parmi les changements technologiques, etc. Appuyons ces débats importants. Les chapitres régionaux de la SRC sont l'occasion de « penser de manière globale et agir au niveau local ».

Une grande partie de mon rôle dans ces débats est d'écouter. N'hésitez pas à me contacter à tout moment pour me faire part de vos suggestions ou de vos préoccupations.