Hommage à Clyde Hertzman

La Société royale du Canada et la communauté de  ses membres ont été profondément attristées par le décès du Dr Clyde Hertzman, MSRC. Lorsqu’il donna la série de conférences du Gouverneur général de la SRC en 2011 au Canada, les membres et les Canadiens d’est en ouest ont eu la chance de découvrir sa capacité étonnante à rendre accessible une science complexe. Le Dr Hertzman était coprésident du groupe d’experts de la SRC/ACSS sur le développement des jeunes enfants, dont le rapport a été publié en novembre 2012. Tandis que tous les membres se joignent à nous pour pleurer sa disparition, son ami et collègue, le Dr Bryan Kolb, MSRC, a eu la gentillesse de préparer l'èloge qui suit.

 

Hommage personnel à Clyde Hertzman, M.D., MSRC, O.C. (1953-2013)

Bryan Kolb, University of Lethbridge

Tout au long de notre vie, nous rencontrons toujours des personnes qui nous transforment et qui nous encouragent à nous améliorer. Le Dr Clyde Hertzman était l'une de ces personnes. Clyde nous a soudainement quittés en février 2013, juste avant son 60e anniversaire et peu après avoir reçu l'Ordre du Canada.

J'ai rencontré Clyde il y a près de 15 ans lors d'une réunion du groupe sur la santé de la population de l’Institut canadien de recherches avancées (aujourd'hui ICRA). Nous nous sommes à nouveau retrouvés lors de réunions occasionnelles de ce même groupe, puis, plus régulièrement, au cours des 10 dernières années au sein du groupe Développement cérébral et biologique fondé sur l’expérience à l'ICRA. Clyde se démarquait par sa présence. Il ne portait jamais de costume ni de cravate et avait toujours une clé USB attachée à un cordon autour de son cou. Lors de réunions de groupe, il était toujours le premier à poser des questions aux intervenants, généralement dans les deux premières minutes suivant leurs présentations, il admettait rapidement son ignorance et demandait de l'aide sur des problèmes complexes. Ce trait de personnalité mettait tout le monde à l'aise, car la plupart d'entre nous étaient confrontés aux mêmes questionnements. Les chercheurs en science fondamentale essayaient de déplacer les questions vers le monde réel en les généralisant mais ils n'étaient le plus souvent pas à la hauteur, car ils ne parvenaient pas à saisir l'ampleur des problèmes du monde réel. Clyde comprenait parfaitement comment les expériences réelles affectent la santé physique et mentale et pouvait immédiatement voir les conséquences de la science fondamentale sur le monde. Il y mettait un tel enthousiasme qu'il nous laissait parfois sans voix. Il énumérait les études et les exemples à une rapidité à vous en faire tourner la tête, mais il arrivait à nous stimuler. Il a façonné les questions de science fondamentale de manière différente et a obligé les chercheurs de laboratoire à repenser leurs actions et l'importance qu'elles ont. La recherche portant sur les effets des premières expériences sur le développement cérébral a été radicalement transformée par ses connaissances, même si son rôle était invisible, hormis pour ceux qui le connaissaient.

Clyde a inventé le terme « conditionnement biologique » pour désigner le processus selon lequel les premières expériences modifient la trajectoire de la santé physique et mentale de toute une vie.  Cette idée générale n'était pas nouvelle, mais Clyde se servait du monde comme laboratoire pour le démontrer. À titre d'exemple, presque tous les enfants en Colombie-Britannique (identifiés uniquement par code postal) ont fait l'objet d'une étude longitudinale visant à comprendre comment le statut économique déterminé par le secteur de résidence) influençait la réussite scolaire, la santé et le bien-être tout au long de leur vie. Il fut fasciné par ce qu'il appelait les « hors diagonales », à savoir les enfants qui étaient meilleurs ou moins bons que ce que l’on aurait pu prévoir, l’incitant ainsi à réaliser des études aux côtés d'épigénéticiens. Son laboratoire n'était pas seulement le Canada, mais le monde entier, puisqu'il voulait comprendre comment améliorer la vie et les trajectoires de vie des enfants défavorisés.

Perdre Clyde est un double choc pour ceux d'entre nous qui étudient la petite enfance et le développement cérébral. Clyde était un protégé de longue date de Fraser Mustard et son successeur évident quand Fraser est décédé en 2011. Clyde laisse un vide qui sera difficile à combler. Nous avons perdu une personne d'une intelligence formidable ayant une façon unique de voir le monde. C'est une perte que doivent endurer non seulement ses amis et ses collègues, mais également les enfants du monde entier dont la vie était améliorée par ses idées créatives et ses découvertes.