Avril 2015

Message du Président

1. Les hauts et les bas des classements des grandes universités de recherche - Robert Lacroix, MSRC, Université de Montréal et Louis Maheu, MSRC, Université de Montréal

2. Canadian Surveillance Trends and Edward Snowden - David Lyon, FRSC, Queen's University

Message du Président

Simon Langlois

Plusieurs membres de la Société royale m’ont écrit afin d’appuyer la proposition de recommander au Conseil d’administration de la SRC d’augmenter le nombre de membres élus chaque année dans notre Académie, limité en ce moment à 13 dans la division anglophone et à 5 dans la division francophone. 

Cette augmentation  est justifiée par la très forte croissance des effectifs professoraux dans les disciplines représentées au sein de notre académie qui couvrent de larges domaines depuis l’administration et la gestion, les sciences de l’éducation, le droit, le journalisme, le travail social et, bien sûr, toute la grande famille des sciences sociales. La direction de l’académie fait de ce dossier une priorité.

Il faut penser dès maintenant à identifier des candidats et candidates potentiels pour la prochaine élection des membres en 2016, car le processus de mise en nomination est long. Je rappelle qu’il est important que les lettres d’appui ne proviennent pas de l’entourage immédiat des candidats proposés ni des amis et collaborateurs (notamment les co-auteurs de contributions scientifiques). Les membres des comités de sélection de la cohorte 2015 ont insisté avec raison sur cet aspect, car il en va de la crédibilité du processus de nomination.

Bonne lecture du présent Bulletin et merci aux collègues qui y écrivent. Les pages du Bulletin sont ouvertes à de futures contributions de votre part !

Simon Langlois
Président de l’académie des sciences sociales. 

1. Les hauts et les bas des classements des grandes universités de recherche - Robert Lacroix, MSRC, Université de Montréal et Louis Maheu, MSRC, Université de Montréal

Robert LacroixLouis Maheu

Le statut international des grandes universités canadiennes de recherche est-il menacé? Si l’on se fie à l’édition de 2014-2015 du Times of Higher Education (THE) World University Rankings portant sur le classement des universités de calibre mondial, qui sont toutes de grandes universités de recherche, la réponse à cette question est clairement oui.

Qu’est-ce qui a conduit le THE à cette sombre prédiction? Selon les classements du THE des quatre dernières années (2011-2012 à 2014-2015), les huit grandes universités canadiennes de recherche s’y classant généralement bien ont systématiquement régressé à l’échelle internationale ayant collectivement reculé de 83 rangs au cours de cette période; l’Université McMaster se démarquant par un recul de 29 rangs. 

Nous ne croyons pas que l’inquiétude est de mise.

Le dernier diagnostic du THE sur les universités de recherche canadiennes

Dans un récent ouvrage intitulé Les grandes universités de recherche : Institutions autonomes dans un environnement concurrentiel (PUM, janvier 2015), nous analysons les deux classements les plus utilisés au plan international, le THE et l’ARWU (Academic Ranking of World Universities). Cette analyse conclut que le classement du THE souffre d’une profonde instabilité principalement imputable à son importante utilisation des résultats d’un sondage, effectué auprès d’un échantillon d’universitaires internationaux, portant sur la réputation des établissements. Ce sondage modifie grandement le score obtenu pour deux indicateurs majeurs de rendement, soit la qualité de l’enseignement et celle de la recherche. Comme nous le soutenons dans ce livre, dans un classement international et malgré les améliorations apportées par le THE après 2010, les mesures subjectives portant sur la réputation peuvent conduire à des résultats plutôt incohérents et particulièrement instables d’une année à l’autre.

Pour les quatre ans analysés dans la dernière édition du THE, les huit mêmes universités canadiennes se trouvent dans le top 200 de leur classement. Ce sont celles qui ont reculé de 83 rangs si l’on ne tient compte que de la différence de leur rang respectif entre  2011-2012 et 2014-2015. 

Toutefois, l’examen des scores des indicateurs conduisant à ces rangs modifie sensiblement le diagnostic. En effet, entre les deux périodes étudiées, la baisse du score total des huit établissements n’est que de 43,3 points sur un total de 2479,6 pour les cinq indicateurs utilisés. Donc une variation, potentiellement non significative, de 1,75 pour cent du score total occasionne un recul apparemment impressionnant de 83 rangs pour ces universités canadiennes. Qui plus est, les deux indicateurs incluant les résultats des sondages de réputation, cause fréquente de la volatilité des classements, comptent pour 94 pour cent de la baisse du score total. 

En somme, les propos pessimistes du THE sur l’avenir des grandes universités de recherche au Canada doivent être pris avec un grain de sel. D’ailleurs les résultats des meilleures universités canadiennes pour la même période obtenus dans l’autre classement, l’ARWU, démontrent beaucoup moins d’instabilité. De plus, le positionnement, particulièrement problématique pour l’Université McMaster selon le THE, s’avère dans l’ARWU tout à fait stable pour l’ensemble de la période.

Des questions plus pertinentes

Dans l’édition de 2014-2015 du THE, on soulève une question très pertinente sur l’inégale distribution internationale des universités de calibre mondial. Que se passerait-il si le nombre d’universités de calibre mondial pour la période considérée était pondéré par certaines caractéristiques des pays où elles sont situées? Pour ce faire, le THE ne retient qu’une pondération par le produit intérieur brut national (PIB). Il en résulte que le Canada se retrouve au beau milieu d’une trentaine de pays.

Dans Les grandes universités de recherche, nous examinons cet enjeu, mais à l’aide d’un modèle retenant six variables macro-économiques: la population du pays, la dimension de son économie évaluée par son PIB, sa richesse relative reflétée par son PIB per capita, son intensité en recherche mesurée par ses dépenses de R-D en pourcentage du PIB, la proportion de sa main-d’œuvre avec diplôme universitaire et sa densité économique, variable d’interaction multipliant son PIB par son PIB per capita. Nous appliquons ce modèle à sept pays de l’OCDE : les États-Unis, l’Allemagne, la France, le Japon, l’Australie, le Royaume-Uni et le Canada. Dans les classements du THE et de l’ARWU de 2012, ils regroupent 59 pour cent du top 400 universités de calibre mondial, 73 pour cent du top 200, 80 pour cent du top 100 et 90 pour cent du top 50. 

Utilisant comme référence les résultats des universités américaines, le modèle prévoit que le Canada, compte tenu de ses caractéristiques propres, devrait compter entre 8 et 10 universités dans le top 400. Or, en 2012 le Canada n’en comptait pas moins de 16 (ARWU) ou 18 (THE) dans cette catégorie. Une surperformance, même si moins dominante, qui se poursuit dans les catégories top 200 et top 100. Le Canada figure même dans la catégorie du top 50 avec sa juste part des établissements de ce niveau.  En somme, une démarche similaire mais plus exhaustive que celle du THE illustre un bien meilleur rendement sur le plan international des grandes universités canadiennes de recherche.

Si intéressantes soient-elles, les surperformances et les sous-performances des systèmes  universitaires nationaux échappent en grande partie au pouvoir explicatif d’une démarche macro-économique. À l’aide de nombreuses données institutionnelles et quantitatives ciblant quatre systèmes universitaires aux rendements fort différents dans les classements internationaux – ceux des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada et de la France – Les grandes universités de recherche s’attardent aux caractéristiques organisationnelles et institutionnelles de fonctionnement des établissements qui les composent : quantum des ressources; diversité des sources de financement; modes d’appropriation des ressources humaines, matérielles et financières; financement gouvernemental; régulation étatique; et manière par laquelle l’ensemble de  ces facteurs structurels sont combinés.    

Cette analyse comparative permet d’établir la nature efficiente et structurante de l’environnement organisationnel des universités canadiennes. Ce qui n’exclut pas le fait que dans  un monde de plus en plus globalisé et fondé sur le savoir, le système universitaire canadien est confronté, comme l’illustre la conclusion de notre ouvrage, à des défis majeurs et devra améliorer certaines de ses prestations clés.  

*‘Extraits de : AU/UA Affaires universitaires Magazine, Les hauts et les bas des classements, par Louis Maheu & Robert Lacroix, 18 février 2015, voir http://www.affairesuniversitaires.ca/opinion/a-mon-avis/les-hauts-et-les-bas-des-classements/

2. Canadian Surveillance Trends and Edward Snowden - David Lyon, FRSC, Queen's University

David Lyon

Edward Snowden stole the surveillance limelight in mid-2013 by disclosing to the public the secret activities of the US National Security Agency. The revelations from just the first handful of the 58,000 documents the whistle-blower took from his former employer, Booz Allan Hamilton, have stirred ongoing controversy around the world. It is a hard act to follow, should anyone wish to do so, but it is more than interesting to us that the revelations echo and underscore some of the key trends followed – and suspected -- in the Surveillance Studies field for many years.

Our research at the Surveillance Studies Centre at Queen’s has grown steadily since 1992 and rapidly since 2000, especially after the attacks of 9/11. As well as obvious cases such as video cameras and surveillance drones, we also look at the far more significant field of ‘dataveillance.’ This refers to what may be ‘seen’ of our lives in the data trails that we leave throughout each day, wherever we are. We think of surveillance as any kind of ‘monitoring for management’ or, more fully, any systematic and focused attention to personal information for purposes such as entitlement, security, protection or control. 

The work is multi-disciplinary and international but revolves around a core group at Queen’s and at other Canadian universities, mostly in the social sciences (we gratefully have help from colleagues in Law and Computing, for example). We depend on funding for collaborative research from the Social Sciences and Humanities Research Council, under several different programs. From time-to-time we work with security-related groups, such as the Canadian Air Transport Security Authority, responsible for monitoring airports. We also partner with colleagues in agencies such as the federal and provincial privacy commissions, and with civil liberties, human rights and internet advocacy groups – for instance OpenMedia.

A culminating project of the most recent program in which we participated is an accessible analysis of some key surveillance trends, illustrated with Canadian examples, under the title Transparent Lives: Surveillance in Canada (also published as Vivre à nu: la surveillance au Canada).  Surveillance in city taxis or of high school children is featured here, but also the ways that Canadians are highly susceptible to NSA surveillance due to the use of fibre-optic cable systems routed through the US. We believe that work supported by the public should also be available to the same public, in some form – hence our illustrated book. Several of the trends we identify help to show how relevant are the Snowden revelations and why it is urgently important that Canadians take both the trends and Snowden’s work very seriously. 

For example, Snowden’s work resonates with ours by showing that surveillance today is not only a significant aspect of state activity – the Communications Security Establishment of Canada (CSE) features in some significant revelations – but that surveillance is also carried out by corporate bodies such as internet and telephone companies. Not only that. Surveillance today depends increasingly on what the agencies call ‘OSINT’ or ‘Open Source Intelligence.’ This, in other words, is information gleaned from our own daily use of the internet and hand-held devices. You do not have to agree with Snowden to see the relevance of his revelations or to see how significant is the evidence he produced.

Our examination of key surveillance trends starts with the rather obvious one, that surveillance grows exponentially in the twenty-first century. What may be less-than-obvious, however is just how much data is gathered on each of us, constantly. This makes us increasingly visible to organizations that themselves are decreasingly visible to us. Other trends include the ways that ‘security’ has become a major driver of surveillance, how surveillance is embedded in everyday environments such as homes, buildings, vehicles and how it often depends on data taken from our bodies by biometric technologies such as body scanners or voiceprint recognition. Other evident trends are the globalization of surveillance – although its impacts are always inflected by local circumstances and history – or the ways that we interact more than ever with surveillance using social media.

This kind of research is attractive to our PhD students and postdoctoral fellows, not least because it refers to events and processes that appear daily in the mass media but also because it offers opportunities for research with implications for policy and regulation. One of the first books anywhere that theorizes Facebook surveillance was based on the PhD of one of our students, Daniel Trottier.  Jeff Monaghan studies police surveillance; Krystle Maki welfare surveillance; Ciara Bracken-Roche examines domestic drone use in Canada and the UK. Groups of researchers at the SSC have produced reports for the federal Office of the Privacy Commissioner on location-based surveillance, video cameras, border security and surveillance drones. These are great chances for learning how to cooperate on team projects, which is also underscored in our bi-annual spring doctoral school. 

International students work alongside Canadians on diverse projects – Sachil Singh looks at credit scoring systems and social inequality in South Africa, while Midori Ogasawara unearths details of Japanese colonial surveillance in Manchuria during WWII. Alana Saulnier can compare her interviews with those who have difficult experiences of surveillance crossing the border into Canada, with Özgün Topak’s recently completed dissertation on refugees and others from the global south trying to cross into Europe via the dangerous borders of Turkey and Greece. The SSC also welcomes a steady stream of visiting scholars from many countries – such as Australia, Brazil – currently, Marta Kanashiro from Campinas -- China, France, Italy, Japan, Sweden, the UK and US, each wanting to learn more about researching surveillance in their own context.

Research at the SSC has other spin-offs, too. One of our postdocs, Scott Thompson, leads an initiative to create the world’s first academic surveillance archive, in conjunction with Queen’s University Archives. It contains items such as Canadian war-time ID cards as well as documents illustrating the unhappy relationship between liquor boards and aboriginal people. Recently, one of my colleagues, David Murakami Wood, whose main work is researching surveillance in ‘smart cities,’ collaborated with Charles Stankievech in an event at the Agnes Etherington Art Centre at Queen’s and a few years ago we co-sponsored a whole exhibition there, featuring work of, among others, Canadian installation artist David Rokeby. Similarly, we organize bi-weekly seminars and occasional mini film festivals to explore surveillance as screened for theatre audiences. I introduced the Snowden documentary, Citizen Four, in Kingston’s Screening Room, recently.

Being involved with the SSC in its work on surveillance trends, especially as they reflect what Snowden’s work  also reveals, is tremendously stimulating for all concerned. For team members it is also gratifying to know that our work can contribute to making a real difference in our digital age.

References:

David Lyon, Surveillance Studies: An Overview, Cambridge: Polity 2007.

Colin Bennett, Kevin Haggerty, David Lyon and Valerie Steeves eds., Transparent Lives: Surveillance in Canada / Vivre à nu: la surveillance au Canada Edmonton: Athabasca University Press, 2014. Also available as a free online PDF; see surveillanceincanada.org/

Daniel Trottier, Social Media as Surveillance, London: Ashgate 2012.

The Surveillance Studies Summer Seminar is held in even-number years.

David Lyon, Surveillance after Snowden, Cambridge: Polity, forthcoming September 2015.