Résilience aux phénomènes climatiques extrêmes

Resilience to Extreme Weather

Gordon McBean

La Société royale du Canada est heureuse de diffuser auprès de ses membres un nouveau rapport d’un groupe d'experts produit par la Royal Society of London (Royaume-Uni). Le rapport intégral est disponible en ligne. Le Professeur Gordon McBean, CM, Membre de l'Ordre de l'Ontario, PhD, MSRC, a gracieusement fourni une perspective canadienne sur ce rapport et nous explique tout l’intérêt qu’il représente pour le Canada et les Canadiens.

Perspective canadienne sur la « Résilience aux phénomènes climatiques extrêmes »

Les phénomènes climatiques sont de plus en plus fréquents au Canada. En juin 2013, des pluies diluviennes ont provoqué de graves inondations à Calgary et dans les environs et ont entraîné des coûts sociaux et économiques très lourds. Le mois suivant, une crue éclair a frappé Toronto. Au total, les coûts économiques ont dépassé 7 milliards de dollars.

Le Bureau d'assurance du Canada a déclaré que les phénomènes climatiques extrêmes survenus en 2013 ont conduit les compagnies d'assurance à débourser 3,2 milliards de dollars, soit le montant le plus élevé de l'histoire du pays. Le directeur parlementaire du budget a fait état d'une hausse de 280 % des dépenses du gouvernement pour les six premiers mois de 2013-14.   En outre, les conséquences sur les jeunes ne sont pas incluses dans ces coûts, comme l'ont signalé les médias pour l'inondation de Calgary : « Hausse de l'anxiété des jeunes face au changement climatique ». L'article en question évoque le sentiment d'impuissance des gens face au changement climatique.

Les conséquences sociales et économiques à long terme de ce type de phénomènes ne sont souvent connues que plusieurs années plus tard. Une étude a révélé une baisse des capacités cognitives et linguistiques, mesurée à l'âge de 5 ans, chez les enfants exposés au stade prénatal à la tempête de pluie verglaçante survenue à Montréal en 1998 . La pluie verglaçante a provoqué de nombreuses pannes de courant à Montréal et a privé d’électricité des citoyens  pendant des mois. Ces citoyens   ont été plongé dans l’incertitude en ce qui concerne leur situation professionnelle et sanitaire, ce qui a engendré chez eux un état de stress général.  De toute évidence, la société n'était clairement pas résiliente.

Nous devons rapidement tâcher d’accroître la résilience, qui a été officiellement définie par la Stratégie internationale de prévention des catastrophes de l'ONU comme la capacité d’un système, d’une communauté ou d’une société exposés à un danger de résister aux effets de ce danger, de les absorber et de s’y adapter de manière rapide et efficace, notamment par la préservation et la restauration de ses structures essentielles et de ses fonctions de base.

Nous devons donc agir sans délai afin d'atténuer les conséquences de tels phénomènes et de mettre en œuvre des mesures de rétablissement plus efficaces. L'Accord de Copenhague 2009, signé par le Premier ministre Harper, précise que « le changement climatique est l'un des plus grands défis de notre époque. … Une réduction drastique des émissions mondiales est nécessaire… l'adaptation aux effets néfastes du changement climatique… est urgente. »

La question vitale de l'adaptation aux effets néfastes du changement climatique est traitée par ce nouveau rapport de la Royal Society of London, intitulé « Resilience to Extreme Weather » [Résilience aux phénomènes climatiques extrêmes]. Il a été préparé par un groupe d'experts remarquables dirigé par la Professeure Georgina Mace (CBE MRS), et révisé par un autre groupe formé de personnes tout aussi exceptionnelles.

Puisque le changement climatique occasionnera des phénomènes climatiques extrêmes plus fréquents et aux conséquences plus graves et que les sociétés devront s'y adapter, il importe de prendre des mesures immédiates pour réduire l'exposition et la vulnérabilité des populations. Pour y arriver, il faut repenser la manière dont nous concevons nos communautés, planifions leur développementles infrastructures et les systèmes économiques.

Le rapport fournit sept recommandations. D'abord, il constate que les gouvernements ont la responsabilité de développer et d’identifier des stratégies de résilience faisant appel à un large éventail de compétences issues de « disciplines comme la gestion environnementale, l'adaptation au changement climatique, la réduction des risques de catastrophe et le développement durable, ainsi que de sources impliquant le secteur privé, les organismes non gouvernementaux et les communautés locales ».

Les gouvernements (recommandations 2 et 3) doivent conjuguer leurs efforts de manière à ce que « l'objectif, la conception et la mise en œuvre de cadres d'action concernant le changement climatique, la réduction des risques de catastrophe et le développement durable (soient) alignés et cohérents ». En 2015, les gouvernements décideront du successeur du Cadre d'action de Hyogo sur la réduction des risques de catastrophe, des objectifs en matière de développement durable pour tous les pays et du futur accord sur le climat. La reconnaissance des incertitudes liées aux phénomènes climatiques extrêmes et leurs conséquences nécessite la mise en œuvre d'une multitude de solutions défensives, ainsi qu'une meilleure prise en compte de ces risques par les organisations des secteurs public et privé (recommandation 4).

De façon générale, les organisations devraient tenir compte du fait que, d’un point de vue financier, l’exposition à des phénomènes climatiques extrêmes entraîne des niveaux de risques de l’ordre d’au moins 1 pour 100 (1 %) sur an (5) ; ce qui ne coïncide pas du tout avec les échéances électorales ni avec la mise en place de structures de financement.Afin d'atténuer les conséquences du changement climatique, nous devons disposer d'informations sociétales concrètes sur les phénomènes climatiques extrêmes (6). La dernière recommandation (7) prévoit de valoriser la recherche afin de mieux comprendre les risques climatiques actuels et à modéliser de façon précise le changement climatique futur. Le Conseil international pour la science travaille de concert avec ses membres nationaux et les unions scientifiques pour tracer le chemin à suivre en vue de mettre en œuvre de ces recommandations.

Ces recommandations présentent un intérêt tout particulier pour le Canada. Comme il a été mentionné plus haut, le Canada subit les conséquences du changement climatique, mais ne dispose pas de stratégies nationales intégrées. Certaines provinces et certaines administrations locales s’attaquent au problème, d'autres restent passives et espèrent, peut-être qu’aucune catrastrophe ne surviendra avant les prochaines élections.

Le Rapport sur la résilience aux phénomènes climatiques extrêmes de la Royal Society of London fournit des informations scientifiques précieuses et concrètes valables pour tous les pays. Il serait intéressant de chercher à comprendre comment les informations et les recommandations de ce rapport peuvent être appliquées à la situation canadienne.

Le rapport intégral est disponible sur le site de la Royal Society of London : https://royalsociety.org/policy/projects/resilience-extreme-weather